Contrairement à des placements tels que le Livret A ou le plan d’épargne en actions (PEA), strictement limités à un seul par personne, l’assurance vie se multiplie à volonté : vous pouvez ouvrir autant de contrats que vous le souhaitez, sans plafond de versement, dans la même compagnie ou chez plusieurs assureurs.
« Je détiens trois contrats d’assurance vie et mon mari deux, ouverts à des périodes différentes », raconte Sophie, 62 ans, fidèle lectrice du Revenu. Elle envisage d’en ouvrir un nouveau et hésite entre plusieurs contrats Trophées d’Or décernés par la rédaction. « Mon premier contrat a plus de trente ans et rapporte peu, mais sa fiscalité est avantageuse pour la transmission, alors je préfère le garder. Les deux autres, des multisupports, ont été ouverts après un petit héritage. Mon mari, lui, a souscrit il y a dix ans des contrats plus dynamiques, comprenant des ETF et des fonds immobiliers. »
Comme Sophie, beaucoup d’épargnants préfèrent ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. On compte aujourd’hui 56 millions de contrats d’assurance vie pour 19 millions de détenteurs, soit près de trois pour une personne. Et certains en cumulent davantage.
‘‘
3 : chaque assuré détient en moyenne trois contrats d’assurance vie. (Source : France Assureurs)
’
Pour gagner en souplesse et en performance
Ils ont raison. Placer toutes ses économies dans un seul contrat, c’est risquer de rester enfermé dans une offre peu compétitive ou mal adaptée à son profil. « J’ai tout misé sur un seul contrat pourtant réputé à l’époque. Aujourd’hui, je le regrette. Le rendement du fonds en euros est décevant », nous confiait récemment un autre lecteur. Les multiplier permet au contraire de panacher les offres afin de capter les meilleurs fonds en euros sans être tributaire de la politique commerciale d’un seul assureur.
Rappelons que, en 2024, le rendement moyen des fonds en euros s’est établi à 2,6 % nets de frais de gestion, avec des écarts marqués : certains contrats ont dépassé les 3 %, d’autres sont restés sous les 2 %. Mais les performances vont et viennent. Depuis deux ans, plusieurs bancassureurs ont agréablement surpris en dopant leurs rendements pour attirer l’épargne, tandis que d’autres peinent à suivre, faute de réserves suffisantes…
Et ce n’est pas tout : avoir plusieurs contrats, c’est aussi multiplier les opportunités d’investir en unités de compte. Là où certains contrats se limitent à quelques fonds maison, d’autres vous donnent accès à des actifs variés : SCPI, fonds structurés, ETF à frais réduits, etc. De quoi pouvoir choisir et piocher dans les unités de compte les plus intéressantes, selon ce que proposent vos différents contrats.
‘‘
Pour ceux qui veulent transmettre en toute discrétion, l’assurance vie est un outil plus souple et moins visible qu’un testament.
’
Pour payer moins d’impôts au moment du retrait
L’un des grands atouts de l’assurance vie, c’est sa fiscalité avantageuse sur les retraits : on ne paie des impôts que sur la part des gains incluse dans les retraits, pas sur la part du capital. Encore faut-il bien s’organiser ! Imaginons que vous déteniez deux assurances vie : l’une a fortement progressé depuis que vous l’avez ouverte ; l’autre beaucoup moins, voire elle est dans le rouge.
Si vous avez besoin de liquidités, mieux vaut retirer sur le contrat le moins performant : vous serez moins imposé, puisque la part de plus-value est plus faible. À l’inverse, un retrait sur un contrat qui a beaucoup gagné entraînera une fiscalité plus lourde. En clair, plus vous avez de contrats, plus vous pouvez arbitrer finement. Et faire jouer la concurrence… même entre vos propres assurances vie.
Pour transmettre en toute simplicité
Vous souhaitez transmettre à plusieurs personnes ? Ne mettez pas tous vos bénéficiaires sur le même contrat. Ouvrir plusieurs assurances vie – une par bénéficiaire ou groupe de bénéficiaires – simplifie les choses. Pour vous… et surtout pour eux. C’est plus souple, plus lisible, et souvent plus efficace que de rédiger une clause bénéficiaire complexe sur un contrat unique.
Prenons un exemple concret : Paul, 69 ans, est marié, père de deux enfants et grand-père de trois petits- enfants. Il a ouvert trois contrats : un premier, avec la clause bénéficiaire standard (« mon conjoint, à défaut mes héritiers… »), destiné à son épouse, le plus doté ; un deuxième, pour ses enfants et un troisième pour ses petits- enfants, nés ou à naître. Chacun y trouve sa place, sans clause compliquée à rédiger.
Autre atout : vous évitez les blocages au moment du décès. Sur un contrat unique, si un bénéficiaire est injoignable ou conteste la répartition, tout le capital peut rester gelé, selon les assureurs. En séparant les contrats, chaque bénéficiaire récupère sa part sans attendre les autres.
Enfin, pour ceux qui souhaitent transmettre en toute discrétion, l’assurance vie est un outil plus souple et moins visible qu’un testament. Un contrat ouvert au nom d’un bénéficiaire précis ne sera connu que de ce dernier le jour du décès du souscripteur. Multiplier les contrats, c’est garder la main sur votre succession, tout en assurant la tranquillité de vos proches.
Pour optimiser la fiscalité des capitaux décès
On pense parfois qu’il ne sert plus à rien d’alimenter son assurance vie après 70 ans. C’est faux. La fiscalité change, mais reste toujours plus intéressante que sur tout autre placement : seuls les versements au-delà de 30.500 euros sont soumis aux droits de succession, et les gains générés restent, eux, totalement exonérés d’impôts.
Mais attention à ne pas tout mélanger. Il est vivement conseillé d’ouvrir un nouveau contrat après vos 70 ans, plutôt que de continuer à alimenter un ancien. Pourquoi ? Parce qu’en cas de retrait ou de décès, il devient difficile de savoir si ce sont les gains ou les versements les plus favorables fiscalement qui ont été utilisés. Vous risquez alors d’entamer, sans le vouloir, la part la plus avantageuse pour vos bénéficiaires.
Prenons le cas de Jean : à 65 ans, il ouvre un contrat et y place 100.000 euros. À l’âge de 72 ans, il reçoit en héritage une somme de 50.000 euros et verse cette somme sur ce même contrat. À son décès, difficile de démêler quelle part relève des versements effectués avant ou après 70 ans. Résultat : la fiscalité risque d’être moins favorable que si ces 50.000 euros avaient été versés sur un contrat distinct.
À l’inverse, si Jean avait ouvert un nouveau contrat à 72 ans, il aurait permis à ses bénéficiaires de profiter pleinement de l’abattement de 152.500 euros sur le premier contrat. Et d’une fiscalité distincte sur le second. Une stratégie bien plus claire. Cela permet aussi aux bénéficiaires de récupérer plus rapidement les capitaux, sans avoir à passer par un notaire, pour les contrats alimentés uniquement avant 70 ans.
Pour protéger davantage son épargne
Enfin, souscrire plusieurs contrats, c’est renforcer la sécurité de son capital. Depuis 1999, le Fonds de garantie des assurances de personnes couvre jusqu’à 70.000 euros par assureur et par personne en cas de faillite. Ce dispositif a été créé après la chute d’Europavie en 1997, à une époque où aucun filet de sécurité ne protégeait les assurés, contrairement aux dépôts bancaires. À noter que le plafond, lui, n’a pas bougé depuis.
Attention, cette garantie de 70.000 euros ne s’applique pas par contrat, mais par compagnie d’assurances. Si vous détenez deux contrats d’assurance vie chez le même assureur, même auprès de deux intermédiaires différents, vous ne doublez pas la couverture. D’où l’intérêt de diversifier vos assureurs : un contrat à la MACSF, un autre chez Generali, un troisième chez Swiss Life… Une démarche « de plus en plus répandue », nous confiait récemment un courtier Internet qui a observé que « de plus en plus de clients prudents choisissent délibérément d’ouvrir plusieurs contrats chez différents assureurs, en veillant bien à ne pas dépasser 70.000 euros par contrat ».
Cela dit, pas de panique ! Le scénario d’une faillite d’assureur en France reste hautement improbable. Les assureurs vie sont très encadrés et présentent des ratios de solvabilité solides – en moyenne 230 %, soit 2,3 fois les fonds requis pour couvrir les actifs confiés par leurs assurés.
Cumuler les contrats permet donc d’optimiser ses placements, sa fiscalité, sa transmission… et de mieux protéger son épargne. Mais inutile de s’éparpiller : au-delà de quatre ou cinq contrats, la gestion peut devenir fastidieuse ! Pour regrouper des contrats de compagnies différentes tout en conservant un seul interlocuteur, pensez aux courtiers en ligne ou aux conseillers en gestion de patrimoine (CGP). Ils donnent accès à une large palette de contrats issus de plusieurs compagnies d’assurances. L’idéal pour diversifier… sans se compliquer la vie.
Témoignage : “Pourquoi j’ai gardé mon vieux contrat”
“Mon premier contrat d’assurance vie, je l’ai ouvert en 1990, à 41 ans, à la suite d’un petit héritage, raconte Alain, abonné du Revenu. Il ne contient qu’un fonds en euros aux performances modestes. J’ai même envisagé de le clôturer… Mais je me suis ravisé en apprenant qu’ayant été souscrit avant novembre 1991, tout le capital qui sera transmis à mes deux enfants sera totalement exonéré de droits de succession. C’est un avantage fiscal rare que je tenais à leur laisser ! Cela ne m’a pas empêché, dans les années 2000 et 2010, de souscrire deux autres contrats multisupports, plus modernes, avec une offre plus diversifiée. Les rendements varient selon les années, mais sur le long terme, ils m’ont rapporté bien plus que mon premier contrat.” Alain, 76 ans, (Hautes-Pyrénées)
Bon à savoir : pas de transfert possible vers un autre assureur
Pour changer d’assureur, il faut clôturer l’ancien contrat et en ouvrir un nouveau, ce qui remet à zéro le compteur fiscal. Votre assureur peut néanmoins proposer de transférer votre ancien contrat vers un de ses nouveaux contrats en gardant l’antériorité fiscale.
Plus souple, le plan d’épargne retraite (PER) assurantiel permet de transférer l’épargne entre assureurs et de tout regrouper dans un seul contrat… Mais vous pouvez aussi jouer la carte de la diversité en ouvrant plusieurs contrats.