Le constat des Sages de la rue Cambon est sans appel : la démographie n’est plus un atout pour l’économie française, mais une contrainte financière croissante. Avec un indice de fécondité tombé à 1,62 enfant par femme en 2024 et l’arrivée des générations du baby-boom au grand âge, la pression sur les finances publiques devient inédite. Les dépenses liées au vieillissement (retraites, santé, dépendance) absorbent déjà plus de 40% des dépenses publiques totales.
Cette tendance lourde va s’accélérer. La population active (20-64 ans), celle qui finance notre système par répartition, devrait fondre de près de 3,5 millions de personnes d’ici 2070. Mécaniquement, cela signifie moins de cotisants pour plus de bénéficiaires.
Si aucune mesure n’est prise, les dépenses publiques pourraient bondir à 60,8% du PIB en 2070, contre 57% aujourd’hui. Un scénario insoutenable pour un pays dont la dette dépasse déjà les 110% du PIB.
Travailler plus longtemps : l’inévitable ajustement
Face à ce mur budgétaire, le Premier président Pierre Moscovici écarte l’idée que l’immigration puisse être une « solution miracle ». Pour la Cour, la réponse passe nécessairement par une mobilisation accrue de la force de travail. Le rapport invite explicitement à repenser la place des seniors dans l’entreprise, considérant la décennie 60-70 ans comme une période où l’activité professionnelle devra se maintenir pour une majorité de Français.
L’institution pointe un défi structurel : le système de retraite actuel, même réformé, reste vulnérable à cette contraction de la base productive. Il ne s’agit plus seulement d’équilibrer les comptes à court terme, mais d’adapter notre modèle social à une société où les actifs se font plus rares. Cela pourrait impliquer, à terme, de nouveaux arbitrages douloureux sur le niveau des pensions ou l’âge de départ, bien au-delà des réformes récentes.
Épargnants : anticipez la baisse de la protection publique
Pour les particuliers, ce rapport sonne comme un avertissement. Compter uniquement sur la solidarité nationale pour financer ses vieux jours devient un pari risqué. La Cour des comptes souligne que les dépenses de santé et de perte d’autonomie vont exploser, obligeant probablement à revoir le partage entre financement public et privé.
Dans ce contexte, la constitution d’une épargne retraite supplémentaire (PER, assurance-vie) et la prévoyance dépendance ne sont plus des options de confort, mais des nécessités patrimoniales. L’État-providence, contraint par sa démographie, ne pourra sans doute plus tout assumer. Mieux vaut prendre les devants pour sécuriser son niveau de vie futur face à l’érosion programmée des taux de remplacement et à la hausse du coût de la vie au grand âge.