C’est un automne plutôt agité pour la cryptosphère. Pourtant, tout avait bien commencé, puisque le bitcoin affichait, le 7 octobre dernier, un plus-haut historique à 107.455 euros. Il faut avouer que l’environnement semblait des plus favorables depuis l’élection du président américain Donald Trump, qui multipliait les initiatives favorisant l’investissement dans les cryptomonnaies.
Oui, mais voilà, ses prises de position parfois brutales peuvent également dérouter les investisseurs. Résultat, quand la Maison-Blanche annonce, le 10 octobre 2025, appliquer 100 % de droits de douane sur les marchandises chinoises en représailles contre des restrictions décidées par Pékin dans le secteur des terres rares, c’est la « crypto-débandade », avec un bitcoin qui chute de 15 % en quelques jours.
Et début novembre, à peine remis de ses émotions, le monde des actifs numériques se retrouve encore dans la tourmente, à la suite de rumeurs d’un possible risque d’éclatement d’une bulle spéculative dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA).
Une chose est sûre, ces exemples ont un point commun : ils démontrent l’extrême volatilité des monnaies numériques et leur sensibilité aux aléas géopolitiques et aux évolutions des grands indices macroéconomiques, principalement américains.
Des prévisions plutôt favorables
L’une des principales caractéristiques des actifs numériques, c’est qu’ils ne rapportent aucun intérêt. Par conséquent, ils sont sensibles à la politique monétaire des banques centrales qui dictent l’évolution des taux d’intérêt.
Ainsi, une hausse de ces derniers est un facteur pénalisant pour le bitcoin, car il favorise les produits financiers rapportant des intérêts. A contrario, un environnement de baisse des taux est propice aux monnaies numériques.
La décision de la Réserve fédérale de faire varier les taux d’intérêt est assujettie à trois priorités : combattre l’inflation pour qu’elle tourne autour de 2 à 2,5 % par an, sécuriser le marché de l’emploi et assurer une croissance économique pérenne.
Aussi, la dynamique du marché des crypto-actifs va en partie dépendre de l’évolution de ces trois indicateurs économiques. Si l’inflation progresse, la Fed aura tendance à augmenter les taux pour éviter une « surchauffe » économique, ce qui n’est pas un bon présage pour les cryptos.
À l’inverse, si le marché de l’emploi se détériore et si la croissance ralentit, elle privilégiera une stratégie de baisse des taux pour redynamiser l’économie américaine, bénéfique pour la cryptosphère.
Afin de mettre en place une stratégie d’investissement fructueuse dans les crypto- actifs, il est judicieux de s’intéresser de près aux prévisions d’experts économiques et financiers quant à l’évolution, en 2026, des facteurs politico-économico-financiers ayant un impact sur le cours des cryptomonnaies.
« Il n’y a pas de risque majeur de récession pour 2026 aux États-Unis, avec une croissance qui devrait être comparable à celle prévue pour 2025, autour de 1,8 %, estime Florent Wabont, économiste chez Ecofi. La morosité constatée sur le marché de l’emploi américain est en partie liée aux incertitudes qui planent sur les entreprises quant au véritable impact de la renégociation des droits de douane sur leur activité. Aussi, tout laisse à penser que le marché de l’emploi pourrait se redresser un peu, en 2026, dès que l’horizon sera plus prévisible. »
En définitive, la principale source d’inquiétude concerne l’inflation à venir, conditionnée par la hausse des droits de douane, du fait de l’augmentation des prix des matériaux et produits importés sur le sol américain. Mais là aussi, les anticipations sont plutôt rassurantes. « Nous ne croyons pas à une forte poussée de l’inflation aux États-Unis, mais avec une hausse des prix autour des 3 % qui va perdurer, indique Florent Wabont.
Résultat, il ne faut pas s’attendre à de fortes diminutions des taux directeurs en 2026, de la part de la Réserve fédérale, mais plutôt à une baisse ponctuelle et modérée pour atteindre un seuil autour des 3,5 %, contre 4 % en novembre 2025, sauf à considérer une perte totale d’indépendance de la Fed sous l’effet de pressions politiques. »
Deux échéances politiques importantes
Cependant, certains aléas politico-financiers pourraient soudainement assombrir l’optimisme des marchés financiers en général et, en particulier, celui des monnaies numériques.
« Il y a deux facteurs qui pourraient déstabiliser les marchés financiers. La révolution en cours portée par l’IA et la rivalité entre les États-Unis et la Chine, souligne Grégoire Kounowski, conseiller en stratégie d’investissement chez Norman K. Si actuellement un compromis a été trouvé, dans la guerre commerciale qui oppose ces deux superpuissances, rien n’indique qu’il s’agit d’une paix durable. Quant à l’écosystème IA, avec ces groupes qui empruntent des dizaines de milliards pour atteindre leurs objectifs d’investissements pharaoniques, avec ces entreprises dont les flux de capitaux s’entrelacent, il nous rappelle celui d’Internet, avec une bulle, formée au milieu des années 1990, et qui éclata en 2000.
Difficile de dire si l’actuelle bulle de l’intelligence artificielle explosera dans trois mois ou dans trois ans, mais une chose est sûre, si elle éclate, elle provoquera un véritable tsunami financier. »
Enfin, deux échéances politiques seront suivies de près par les marchés : mai 2026, avec la nomination d’un nouveau président de la Réserve fédérale en remplacement de Jerome Powell, et novembre 2026, avec les élections de mi-mandat des deux chambres du Congrès américain.
Des résultats qui auront un impact sur le cours des principales cryptomonnaies. Une victoire du camp républicain « procryptos » aux élections serait perçue positivement et la nomination d’un nouveau président de la Fed trop proche des convictions du président Donald Trump pourrait entraîner, au sein du conseil des gouverneurs, des dissensions préjudiciables au bon fonctionnement de l’institution et favorisant un climat anxiogène qui pénaliserait les actifs les plus risqués et les plus volatils.
Du bitcoin, Avant tout
Malgré de potentiels aléas politico-financiers, les prévisions macroéconomiques offrent des possibilités d’investissement, en 2026, dans les cryptomonnaies. Néanmoins, encore faut-il sélectionner les bons crypto-actifs et les bons produits financiers associés, afin de mener une stratégie d’investissement performante.
« Dans un premier temps, il convient d’acheter avant tout du bitcoin. Il bénéficie d’un statut de référence qui le démarque des autres actifs numériques, précise Julien Romon, président cofondateur de Tilvest, plateforme d’investissement en cryptomonnaies dédiée aux conseillers financiers.
Son stade de développement est déjà bien abouti, alors que les autres actifs numériques sont à des stades de développement encore naissant, même si certains d’entre eux offrent d’intéressantes perspectives, à l’image d’ethereum et de solana, et méritent d’être acquis afin de diversifier son portefeuille. »
Ensuite, vous pouvez à dose homéopathique vous intéresser à d’autres cryptos, mais attention, il faut être sélectif car certaines monnaies numériques pourtant bien placées dans le top 10 des plus fortes valorisations, ne sont plus forcément judicieuses à acheter. « Des actifs numériques bien établis peuvent mal vieillir, parce qu’ils connaissent un déclin technologique de leur blockchain, à l’image de Cardano (ADA), souligne Alexis Boeglin, directeur des opérations chez le courtier en cryptomonnaies CrypCool.
Ripple (XRP) a de la valeur, parce que sa technologie vise à offrir une alternative plus performante au réseau Swift, – utilisé par les banques dans le cadre des transferts d’argent internationaux. Mais cet objectif est battu en brèche par Swift qui a décidé d’intégrer une blockchain à son réseau, sans parler de l’arrivée sur le marché du concurrent chinois CIPS (China International Payments System). »
Achat direct ou ETP : vous avez le choix
Pour ceux qui hésitent à acheter en direct des cryptomonnaies, il existe une solution qui consiste à acheter des ETP (Exchange-Traded Products) qui englobent les ETN (Exchange-Traded Notes), l’équivalent des fonds indiciels ETF américains. Les ETP cryptos sont adossés à des cryptomonnaies. Alors que les ETN sont des obligations indexées sur la performance d’un sous-jacent qui peut être le bitcoin ou un panier de cryptomonnaies.
Ces véhicules d’investissement sont cotés en Bourse, liquides, surtout si vous choisissez un émetteur reconnu, comme BlackRock, VanEck et 21Shares (voir notre sélection page suivante). Simples à acheter, logés dans votre compte-titres, ils vous permettent de profiter des performances des cryptos sans être obligé d’ouvrir un compte dédié sur une plateforme d’échange de cryptomonnaies ou de créer un portefeuille sur la blockchain.
Revers de la médaille, vous devez régler des coûts de transaction et des frais de gestion (compris en moyenne entre 0,15 % et 2 % du capital investi). En outre, après chaque vente, vous êtes taxés sur la plus-value. Ce qui n’est pas le cas lorsque vous détenez vos actifs numériques. En effet, si vous vendez des bitcoins pour acheter de l’ether, vous ne serez pas taxé même si vous affichez un gain sur la vente de vos bitcoins. Tant que vous ne convertissez pas vos cryptos en euros, vous n’êtes pas imposé. Vous bénéficiez ainsi d’un très intéressant différé de fiscalité.
Méthode “DCA” pour lisser la volatilité
Plusieurs stratégies d’investissement existent afin d’optimiser les performances de vos placements. La principale consiste à investir régulièrement, tous les mois, toutes les semaines, un même montant, quelle que soit l’évolution des cours. C’est ce que l’on appelle « la méthode DCA » (Dollar Cost Averaging), d’autant plus pertinente quand les actifs financiers sont volatils.
« Le principal avantage de cette méthode, c’est qu’elle permet, à moyen terme, de lisser son prix d’achat, observe François Hardy, cofondateur et responsable des investissements chez Tilvest. Lorsque le marché est en phase baissière, chaque achat se fait à un prix plus bas, et, lorsque le marché rebondit, l’investisseur profite immédiatement de la reprise. L’in-vestissement se fait automatiquement, sans besoin de suivre les cours et sans stress. »
Il existe également une variante à la méthode DCA classique, celle de la « DCA optimisée ». « Vous déposez régulièrement de l’argent sur votre compte cryptos, mais au lieu d’acheter quel que soit le cours du moment, vous passez un ordre d’achat par rapport à un seuil psychologique exprimé en dollar, précise Alexis Boeglin.
Par exemple, le cours du bitcoin est à 103.000 dollars, vous passez un ordre d’achat à 100.000 dollars et vous attendez que l’ordre soit exécuté. Il est également intéressant de garder un peu d’argent de côté et d’effectuer un ordre d’achat quand le marché chute de 10 ou 15 %. »
Pionnières dans la crypto- sphère, les néobanques telles que Revolut ou Trade Repu-blic offrent à leurs clients la possibilité, en quelques clics, d’automatiser ses investissements, tout en choisissant la fréquence des versements. Mais avant de souscrire à un tel service, il convient de vérifier le « spread » (le différentiel) appliqué, et par là même, la commission pratiquée. Il s’agit de la différence entre le prix auquel vous achetez votre crypto et celui que vous obtiendriez si vous la revendiez immédiatement. Ce spread est souvent plus avantageux si vous programmez vous-même vos opérations à partir d’une plateforme d’échange reconnue de cryptomonnaies.
Enfin, pour les investisseurs actifs, prêts à accorder un peu de leur temps, afin de suivre régulièrement les évolutions du marché des crypto-actifs, l’option consiste à surfer sur la volatilité pour passer des ordres d’achat uniquement quand le marché pique brutalement du nez. Ce qui est assez souvent le cas.
Des cryptos dans l’assurance vie, ce n’est pas pour bientôt
Fin septembre 2025, Jean-Paul Faugère vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme de la banque et de l’assurance, s’est exprimé quant à la possibilité d’introduire une dose de cryptos dans l’assurance vie.
Dans son intervention, il précise que l’assurance vie n’est pas un produit spéculatif, mais un investissement à long terme, en vue d’aider les épargnants dans la gestion de leurs avoirs financiers, que ce soit pour un rendement à terme ou pour leur retraite, voire dans un but de transmission. Or, il estime que l’univers des crypto-actifs ne répond pas à un tel objectif.
Selon lui, le risque de bulle est incontournable en raison de l’absence de référence de valeur. Le fait qu’ils soient “packagés” dans des ETF ou des ETN ne change pas la nature du problème.
Sa conclusion est sans appel : “On ne fera pas dire à un assureur qu’il peut garantir une protection suffisante de l’épargne en affectant l’épargne qu’il recueille, directement ou non, à un crypto-actif. Que chacun reste dans son couloir, en toute clarté !”