BPCE, deuxième groupe bancaire de l’Hexagone, permet désormais à ses clients d’acheter des cryptomonnaies directement depuis leur application Banque Populaire ou Caisse d’Épargne. Une première pour un acteur bancaire traditionnel de cette envergure en France, qui casse les codes d’un secteur longtemps réfractaire aux actifs numériques.
Le dispositif repose sur Hexarq, la filiale spécialisée du groupe, qui a décroché son agrément PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) auprès de l’AMF en décembre 2024. Un sésame qui autorise la commercialisation d’actifs numériques dans un cadre réglementé.
Le lancement a débuté le 8 décembre 2025 avec quatre banques régionales pilotes, dont la Banque Populaire Île-de-France et la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Côte d’Azur. Objectif : toucher deux millions de clients dans cette phase test avant d’étendre le service à l’ensemble des 12 millions d’utilisateurs du groupe courant 2026.
La sélection reste volontairement limitée. Les clients accèdent à quatre actifs numériques : Bitcoin, Ethereum, Solana et le stablecoin USDC. Pas de tokens exotiques ni de memecoins au programme. BPCE mise sur les valeurs établies du marché pour rassurer une clientèle peu familière de cet univers.
Le modèle économique s’articule autour d’un abonnement mensuel de 2,99 euros, auquel s’ajoutent des frais de transaction de 1,5% sur chaque opération. Un minimum d’un euro par transaction s’applique, avec un seuil plancher de 10 euros pour effectuer un achat.
Ces tarifs se situent dans la fourchette haute par rapport aux plateformes d’échange spécialisées comme Coinbase ou Binance, qui proposent des frais dégressifs selon les volumes. Mais BPCE joue la carte de la sécurité et de l’intégration bancaire : les actifs sont conservés dans un compte dédié géré par Hexarq, distinct du compte courant classique.
Un pari stratégique face à la fuite des capitaux
Cette offensive ne sort pas de nulle part. Les banques traditionnelles observent depuis des années leurs clients transférer des fonds vers des plateformes crypto externes.
Le timing n’est pas anodin non plus. L’arrivée du règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) fin 2024 a posé un cadre juridique clair pour les actifs numériques dans l’Union européenne. Ce nouveau cadre réglementaire sécurise les acteurs bancaires qui hésitaient à franchir le Rubicon.
BPCE devient ainsi le premier grand groupe bancaire français à proposer l’achat direct de cryptos dans son application, devançant ses rivaux Société Générale et BNP Paribas qui restent pour l’instant en retrait sur ce segment retail.
Reste à voir si les clients suivront. L’offre doit convaincre une base essentiellement composée d’épargnants prudents. Le pari de BPCE : transformer la curiosité grandissante pour les actifs numériques en revenus récurrents, sans perdre la confiance d’une clientèle attachée à la stabilité bancaire.