Taux d’intérêt au Japon : la BoJ franchit un cap inédit depuis 1995

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La banque centrale nippone franchit un nouveau cap dans la normalisation de sa politique monétaire. Une décision qui pourrait rebattre les cartes pour les investisseurs.

Par Le Revenu
Publié le 19/12/2025 à 17h25

Taux d’intérêt au Japon : la BoJ franchit un cap inédit depuis 1995
(©jaison-lin-unsplash)

0,75%. C’est le niveau auquel la Banque du Japon (BoJ) a porté vendredi 19 décembre son taux directeur, une première depuis septembre 1995. La hausse de 25 points de base, votée à l’unanimité, marque la deuxième augmentation de l’année après celle de janvier qui avait fixé le taux à 0,5%. Un mouvement attendu par les marchés, mais qui n’en reste pas moins historique pour l’archipel nippon.

Cette décision met fin à trente années de taux planchers. Depuis la crise économique des années 1990, le Japon vivait sous le régime d’une politique monétaire ultra-accommodante, avec des coûts d’emprunt proches de zéro. L’objectif était de stimuler une économie anémique et de lutter contre la déflation. Mais la donne a changé : l’inflation atteint désormais 2,7% sur l’exercice 2025, bien au-dessus de la cible de 2% fixée par la BoJ.

Des taux toujours favorables à l’économie

Malgré ce tour de vis monétaire, la banque centrale insiste sur un point : les taux d’intérêt réels demeurent « nettement négatifs ». Les conditions de financement restent donc largement accommodantes. Le gouverneur Kazuo Ueda l’affirme : cette hausse s’apparente davantage à un « relâchement de l’accélérateur » qu’à un freinage brutal.

La BoJ table sur une poursuite de la hausse des salaires en 2026, soutenue par l’amélioration des bénéfices des entreprises. Une dynamique jugée nécessaire pour ancrer durablement l’inflation autour de 2%. Les économistes anticipent déjà de nouvelles augmentations : le taux directeur pourrait grimper à 1% d’ici septembre 2026, selon un consensus d’experts interrogés par Reuters.

Quelles conséquences pour les investisseurs ?

Ce changement de cap bouleverse notamment les stratégies de « carry trade ». Ces opérations, qui consistaient à emprunter en yens à des taux dérisoires pour investir dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs, perdent progressivement leur attrait. Les rendements plus élevés du yen renforcent la devise nippone et modifient les équilibres sur les marchés de changes.

Pour les détenteurs d’obligations japonaises, la remontée des taux génère une pression à la baisse sur les prix des titres déjà en circulation. Les nouvelles émissions offrent en revanche des coupons plus généreux. Les investisseurs doivent ajuster leurs portefeuilles en conséquence, notamment ceux exposés aux marchés asiatiques via des fonds diversifiés.

La BoJ l’a confirmé : d’autres hausses interviendront si les perspectives économiques se matérialisent comme prévu. Une vigilance accrue s’impose pour les épargnants ayant des positions sur le yen ou les actifs japonais.

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