Face à la difficulté – voire l’impossibilité – de récupérer les fonds « investis » dans une arnaque, la prévention reste votre meilleure défense.
On vous invite à remplir un formulaire
« Profitez d’un livret à 6 % par an », « Devenez trader en quinze minutes par jour », « Rejoignez la plateforme qui bat les banques »… : ces slogans accrocheurs s’affichent sur des sites, vos réseaux sociaux ou en haut des moteurs de recherche, sous forme de liens sponsorisés. Si vous cliquez, on vous invite à remplir un formulaire avec vos coordonnées, afin qu’un pseudo- conseiller vous rappelle dans les plus brefs délais.
Le bon réflexe : ne cliquez jamais ! « Ne communiquez jamais vos données personnelles – même non bancaires – à un inconnu, recommande Caroline Bontems, cheffe de service à la Direction du contrôle des pratiques commerciales de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Vous ne le feriez pas dans la rue… alors ne le faites pas en ligne. »
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À l’exception de votre conseiller habituel, toute proposition de placement émanant d’un tiers doit éveiller votre vigilance.
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On vous fait une promesse d’enrichissement
« Le gain d’argent rapide, sans risque et sans effort n’existe pas, martèle Marie Suderie, porte-parole de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Performance hors norme, promesse d’enrichissement extravagante : quand une offre paraît trop belle pour être vraie, il y a un loup ! »
Le bon réflexe : ne succombez pas à ces promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Aujourd’hui, aucun placement sûr ne peut rapporter plus de 2 à 3 %. Au-delà, la proposition est forcément mensongère – et donc crapuleuse. Au moindre doute, contactez les autorités pour vérifier.
On vous flatte et / ou on vous culpabilise
« C’est la fable Le Corbeau et le Renard, version Web 3.0, indique un expert en cyber- sécurité de la plateforme gouvernementale Cybermalveillance.gouv.fr. Pour vous attirer dans ses filets, l’arnaqueur vous caresse dans le sens du poil. Il vous valorise à coups de termes avantageux : offre VIP, placement premium, réservé à l’élite… Parfois, il bascule dans la culpabilisation : “vous manquez une occasion unique”, “vous ne saisissez pas votre chance”. Dans tous les cas, il s’agit de techniques de manipulation bien rodées. Ces méthodes relèvent de ce qu’on appelle “l’ingénierie sociale”, un domaine dans lequel les escrocs sont passés maîtres », explique-t-il.
Le bon réflexe : dès que le soi- disant conseiller adopte un ton personnel ou amical, dès que la relation sort du cadre strict d’un échange bancaire professionnel, tous les voyants doivent passer au rouge. Coupez court à la discussion. Et surtout, ne donnez pas suite. Vous pouvez aussi réaliser un autodiagnostic grâce à l’outil développé par l’AMF : protectepargne.amf-france.org.
On vous incite à placer toujours plus…
Aucun professionnel sérieux ne vous poussera à mettre tous vos œufs dans le même panier. Le maître mot d’une bonne gestion de votre patrimoine, c’est la diversification. Et en présence de supports à risques – comme les cryptomonnaies –, il est vivement recommandé de ne jamais y investir plus de 5 % de l’ensemble de vos avoirs.
Le bon réflexe : « Résistez à la tentation, conseille Guy Grandgirard, président d’ADC France. Si vous avez commencé à placer, ne versez pas un centime de plus. Essayez plutôt de récupérer ce que vous pouvez. »
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Aucun banquier ou conseiller digne de ce nom ne vous appellera tous les deux jours pour vous inciter à lui confier toutes vos économies.
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Vous devez vous décider très rapidement
« Quelle que soit la sophistication de l’arnaque, l’une des techniques les plus classiques consiste à mettre la victime sous pression, dévoile France Mayer, directrice des relations avec les épargnants et de leur protection à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le but : vous empêcher de réfléchir et vous pousser à agir dans l’urgence. »
Le bon réflexe : « Ne cédez jamais à la tentation d’offres “à durée limitée” ou “réservées à quelques élus”. Il n’y a jamais d’urgence à perdre son argent », met en garde France Mayer. « Comme pour tout placement, la prudence est votre meilleure alliée et la précipitation, votre pire conseillère, rappelle-t-elle. Prenez le temps de vous informer et de procéder aux vérifications sur les listes noires et blanches des autorités. »
Une célébrité partage ses secrets
Bernard Arnault, David Puja-das, Jamel Debbouze… grâce à l’intelligence artificielle et à des vidéos truquées, les escrocs exploitent la notoriété de personnalités pour faire croire qu’ils détiendraient les clés pour faire fortune. « Nouvelle variante inquiétante, révèle Caroline Bontems de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), la multiplication de faux sites d’information ou des clones de médias connus, publiant des articles vantant des investissements miraculeux. »
Le bon réflexe : ne croyez jamais à ce qu’un inconnu vous raconte. Tout est faux : les citations, les vidéos, les textes. Ne cliquez sur aucun lien. La meilleure solution est de fuir le plus vite possible.
Un influenceur vous pousse à investir
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a récemment épinglé Julien Tanti, ex-candidat de la fameuse émission de télé- réalité française diffusée sur la chaîne W9 Les Marseillais pour avoir promu des services financiers de copy-trading et d’investissement dans l’or et, Mohamed Bdj, connu sous le pseudonyme @mo_bdj, qui a lancé un projet NFT intitulé « Crazy Karts Society ». Les deux escrocs promettaient des gains – en réalité inexistants – et un enrichissement rapide, tout aussi illusoire.
Le bon réflexe : « Interrogez- vous sur les compétences de la personne en matière de placements, préconise Marie Suderie, porte-parole de la de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Un influenceur n’est pas un expert financier. Ses conseils sont souvent motivés par une rémunération via des liens d’affiliation ou des partenariats commerciaux. » En bref, l’escroc est certain d’y gagner. Vous, vous pouvez y perdre !
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Les formulaires proposés en ligne, en apparence anodins, peuvent être la porte d’entrée privilégiée des escrocs. Ils doivent déclencher un signal d’alerte.
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Un faux conseil vous contacte
Un prétendu conseiller d’un établissement bancaire connu vous démarche par l’intermédiaire des réseaux sociaux, un groupe WhatsApp ou Telegram, ou plus simplement par téléphone. Il vous propose un nouveau service, une offre exclusive, une opportunité à saisir…
Attention ! « Aujourd’hui 64 % des arnaques financières impliquent une usurpation d’identité d’un établissement financier existant – et ce chiffre ne cesse d’augmenter, signale Caroline Bontems de l’ACPR. En même temps, les escrocs savent pertinemment qu’en se faisant passer pour un acteur “sérieux”, ils augmentent leur chance de gagner votre confiance… et de vous berner. Ensuite, ils vous envoient un lien Internet vers une plateforme qui imite à la perfection celle de la “vraie” banque ou de la société d’investissement. »
Le bon réflexe : « Avant de donner suite à tout démarcheur, posez-vous ces quelques questions, recommande France Mayer à l’AMF. Pour savoir si votre interlocuteur est bien celui qu’il prétend être, effectuez un contre-appel : recherchez les coordonnées officielles de l’établissement et vérifiez que la personne y travaille…
La société est-elle autorisée à proposer des produits ou services financiers en France ? Pour vous en assurer, consultez les registres officiels Orias, Regafi, listes noires et listes blanches de l’AMF, de l’ACPR et de la Banque de France. » Est-il possible de rencontrer physiquement quelqu’un ? Privilégiez un rendez-vous en présentiel lorsque c’est possible. Selon Guy Grandgirard, c’est même absolument indispensable dans le cadre d’un achat immobilier (parking, logement, terrain…).
Test : reconnaîtriez-vous les méthodes d’un escroc ?
En six questions, apprenez à repérer une arnaque et faites votre autodiagnostic pour savoir si vous présentez un risque faible, élevé ou très élevé d’être en contact avec un filou. Cochez “Oui” ou ”Non” pour chaque affirmation suivante.
- 1. L’offre proposée est exclusive, réservée à quelques initiés. Oui ? Non ?
- 2. Vous ne connaissez pas la personne qui vous sollicite. Oui ? Non ?
- 3. Votre interlocuteur vous pousse à investir rapidement. Oui ? Non ?
- 4. Votre contact est très (trop) sympathique, flatteur et / ou insistant. Oui ? Non ?
- 5. La promesse de gain est élevée et le produit supposé sans risques. Oui ? Non ?
- 6. Le transfert d’argent semble inhabituel (Iban étranger, vous devez mentir à votre banque…). Oui ? Non ?
Votre résultat
Aucun “Oui” : l’offre de placement semble sérieuse, mais la vigilance reste de mise.
Un “Oui” : soyez sur vos gardes. Le risque d’avoir affaire à une arnaque est réel. Avant d’aller plus loin, vérifiez toutes les informations communiquées.
Deux, trois “Oui” et plus : vous êtes probablement en relation avec un arnaqueur. Ne communiquez aucun document personnel (pièce d’identité, déclaration de revenus…), ne versez rien, contactez les autorités et informez votre entourage.
Vérification d’un Iban : mode d’emploi
C’est l’un des outils clés à votre disposition pour déjouer les arnaques. L’Iban (numéro de compte bancaire international) doit toujours correspondre au nom du véritable destinataire de votre virement, particulier comme entreprise. “Or, pour les virements Sepa, aucun contrôle automatique n’était réalisé entre le nom et l’Iban du bénéficiaire lors de l’ajout d’un nouveau bénéficiaire”, révèle Bétina Bevis, responsable de l’offre de paiement à la banque SG. Résultat, vous pouviez saisir un nom parfaitement rassurant… et adresser, en réalité, de l’argent à une organisation malveillante.
Ça change à partir du 9 octobre 2025
Bonne nouvelle, la réglementation évolue favorablement. Dès le 9 octobre prochain, elle imposera à toutes les banques de la zone Sepa un contrôle systématique, au moment de la saisie du virement, entre le nom saisi par l’émetteur du virement (vous) et le nom réellement associé à l’Iban. En cas de discordance, une alerte sera déclenchée et, ainsi, vous serez mis en garde. Libre à vous, ensuite, de valider ou pas le virement.
Ce système vise à limiter les fraudes
“Pour qu’il fonctionne efficacement, Bétina Bevis recommande de renseigner les coordonnées du bénéficiaire avec la plus grande précision. Concérnant un particulier : le nom et le prénom exacts. Pour une société : la raison sociale ou la dénomination commerciale complète”. Bannissez l’utilisation des pseudos, acronymes et autres abréviations. Attention ! La moindre faute de frappe, un accent oublié ou une virgule en trop pourra bloquer ou fausser la vérification.
Que faut-il en penser ?
Ce nouveau dispositif représente certes un réel progrès, mais il n’exclut pas la vigilance. Pour Bétina Bevis, le moyen le plus fiable pour déjouer une éventuelle arnaque reste le “contre-appel”. Contactez vous-même l’entreprise via un numéro officiel (trouvé sur son site Internet, par exemple) et faites-vous confirmer directement son Iban auprès d’un interlocuteur identifié. Cela peut sembler basique, mais c’est encore la meilleure manière d’éviter de transférer des fonds à un escroc.
L’AMF et l’ACPR recensent les sites Internet, plateformes et entités qui proposent illéga-lement des produits ou services financiers en France, sans disposer des autorisations requises. Ces listes noires accessibles en ligne couvrent divers domaines (les livrets d’épargne, le Forex, des options binaires, les cryptos, les biens divers…) ainsi que les usurpations d’identité d’acteurs autorisés. Attention, l’absence d’un nom sur la liste ne signifie pas que l’acteur est fiable.
Ces listes ne sont pas exhaustives et bien que régulièrement mises à jour, les escrocs sont souvent plus rapides.
Contrairement aux listes noires, les listes blanches recensent les entités autorisées à exercer une activité réglementée en France. L’AMF tient une liste des acteurs enregistrés ou agréés dans le secteur des crypto-actifs, des biens divers et du financement participatif. Il existe aussi le registre des agents financiers, sur le site Regafi.fr, tenu par l’ACPR, pour vérifier si une banque, un établissement de paie- ment ou une succursale d’une entité étrangère est autorisé à exercer en France. Et l’Orga- nisme pour le registre unique des intermé- diaires en assurance, banque et finance pour s’assurer que l’intermédiaire (courtier, conseil- ler en investissement financier…) est habilité à distribuer des produits bancaires ou financiers.
Notre conseil : si le nom de la société qui vous a contacté n’apparaît pas dans ces listes officielles, c’est une alerte rouge immédiate. Mais même si elle y figure, rien ne garantit que vous êtes en contact avec la véritable entité. Soyez particulièrement attentif à l’URL du site et à l’adresse mail – soit à l’intitulé qui suit l’arobase (exemple : @entreprise.fr). Ils doivent correspondre exactement aux informations portées dans les registres et les listes.
Enfin, interrogez un service comme Whois : il vous permettra de savoir qui a créé le nom de domaine et quand. Si le site est relativement récent et / ou est enregistré dans un pays inhabituel pour une entreprise censée être française, ne donnez pas suite.