Marc Touati, président-fondateur du cabinet Acdefi. (© DR)
Marc Touati, président-fondateur du cabinet Acdefi. (© DR)
Les grands entretiens du Revenu

Marc Touati,

« La France a besoin d’une thérapie de choc bienveillante »

Partager

La France traverse une crise profonde : dettes colossales, déficit chronique, et défiance des investisseurs. Marc Touati propose des solutions pour redonner confiance aux ménages et guider chacun vers une gestion financière prudente et efficace.


Par Christian Fontaine
Publié le 01/10/2025 à 07h00

Pour redonner confiance aux ménages et assainir nos finances publiques, Marc Touati prône une baisse de la contribution sociale généralisée (CSG) et le non-remplacement des fonctionnaires qui partent à la retraite.

Son actualité

L’économiste compte 245.000 abonnés sur sa chaîne YouTube (@MarcTouatiTV). Sa vidéo “La crise de septembre sera fatale pour la France et la zone euro” mise en ligne cet été a enregistré 447.000 vues. Un record ! “Crise en France : vers un tsunami historique” a été visionnée 182.000 fois en moins de deux jours. Marc Touati donne une soixantaine de conférences par an pour le compte d’entreprises françaises et étrangères.

Le Revenu : La France est-elle au bord de la faillite ?

Marc Touati : L’État français est en faillite. Car l’actif net de la puissance publique est négatif. Le passif atteint 7.000 milliards d’euros : 3.500 milliards de dettes et 3.500 milliards de hors-bilan, les pensions des fonctionnaires pour l’essentiel. Alors que l’actif (immobilier, produits financiers, trésors nationaux) ne dépasse pas 3.500 milliards. Il y a donc un trou de quelque 3.500 milliards. La faillite est masquée par la capacité de l’État à lever l’impôt et des capitaux sur les marchés financiers.

Le CAC 40 est-il condamné à progresser moins vite que les indices européens et américains ?

Oui. Car le risque en France flambe. Nous sommes les cancres de la zone euro. Le seul pays qui continue à augmenter ses déficits et sa dette publique. Tous les pays font des efforts sauf nous.

Cette situation inquiète les investisseurs internationaux. Tous anticipent de nouvelles hausses d’impôts sur les grandes entreprises. La défiance s’installe d’autant plus vite que le pays plonge dans une crise sociétale et politique jamais vue.

‘‘
Si le climat géopolitique s’assagit, l’or se calmera, mais demeurera une valeur refuge.

Tout ne va pas si mal : l’inflation ralentit, le taux d’épargne est élevé, les grandes entreprises n’ont jamais gagné autant d’argent…

Nos champions nationaux vont bien, parce qu’ils réalisent 80 % de leur chiffre d’affaires hors de France et qu’ils profitent de la croissance mondiale. Mais le tissu de PME / ETI est fragilisé.

Il n’y a jamais eu autant de faillites d’entreprises. Nous sommes 16 % au-dessus du sommet de la récession de 2009. Certes, l’épargne est élevée, mais est-ce un signal positif ?

Son parcours
Marc Touati,
Économiste

Économiste, star des médias, Marc Touati a été maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avant d’enseigner à Sciences Po Paris. En 1995, il entre aux Banques populaires et en devient le chef économiste à 27 ans. En 2007, il crée son cabinet de conseils aux entreprises.

Comment redresser les finances publiques ? Faut-il faire des économies à tout prix au risque de tuer la maigre croissance qu’il nous reste ?

Les Français ont bien compris que l’État allait les lâcher et qu’ils n’avaient pas d’autres choix pour leur retraite que d’économiser.

La France a besoin d’une thérapie de choc bienveillante. Il faut redonner confiance aux ménages et aux entreprises, en baissant la CSG et les impôts de production. En parallèle, il faut réduire les dépenses publiques de fonctionnement (+ 22 % depuis 2021, soit 100 milliards de plus en quatre ans) en ne remplaçant pas les fonctionnaires qui partent à la retraite.

Les Opac (office public d’aménagement et de construction) doivent aussi subir une cure d’amaigrissement. Ils coûtent 150 milliards d’euros par an à la collectivité. C’est trop !

L’épargnant aisé va-t-il une nouvelle fois être mis à contribution ?

Une ponction exceptionnelle sur l’épargne se dessine. Le risque de création d’un nouvel impôt est réel. Les conséquences en seraient catastrophiques : exil massif de capitaux, défiance généralisée, nouvelle dégradation de l’indicateur de confiance des ménages déjà plus bas que pendant les crises précédentes (covid, Gilets jaunes, etc.).

Comment gérer son argent en période d’incertitudes ?

Près de 55 % de la dette publique française est détenue par des étrangers, contre 20 % aux États-Unis et 25 % en Italie. C’est un élément majeur de fragilité, dont il faut tenir compte quand on place son argent aujourd’hui.

Deux stratégies sont possibles. La gestion dynamique, voire agressive, en achetant des options de vente sur la dette française et le CAC 40. Ou jouer la carte de la prudence en privilégiant les placements sûrs facilement mobilisables (Livret A, assurance vie en euros), avec une pincée d’or et beaucoup de liquidités pour servir d’amortisseur en cas de crise et saisir les opportunités qui ne manqueront pas de se présenter.

L’or peut-il encore grimper ?

Les actions et le métal jaune progressent de concert, une situation totalement inédite. Elle s’explique par l’abondance de liquidités et la persistance de risques énormes et multiples : financiers, politiques (en France), militaires (en Ukraine et à Gaza), etc. Si ces risques se matérialisent, l’or va continuer de flamber. Si le climat géopolitique s’assagit, l’or se calmera, mais demeurera une valeur refuge. Au-dessus de 3.000 dollars l’once, la valorisation se tend sérieusement.

Investir aux États-Unis, dans les Gafam, est tentant, mais pas très patriotique ?

Ceux qui l’ont fait ces dernières années ont bien gagné leur vie. Mais aujourd’hui, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont chers. Il ne faut plus s’attendre à de fortes hausses de cours. Reste bien sûr les dividendes. Ce n’est déjà pas si mal.

Les crypto-actifs sont-ils devenus un placement comme les autres ?

Il y a de la technologie, une offre limitée (pour le bitcoin) et comme personne n’a sifflé la fin de la partie, la hausse se poursuit. Les crypto-actifs sont devenus incontournables. En tant qu’économiste, je ne fais pas de prévision, car il y a trop d’opacité.

Propos recueillis par Christian Fontaine


Gérez-vous activement vos finances ?

Non. Je gère en bon père de famille sans avoir le nez sur les écrans.

Quel a été votre meilleur placement ?

L’achat de mon appartement parisien en 1998. Le promoteur n’arrivait pas à le vendre. Il m’a fait un prix extraordinaire.

Et le plus mauvais ?

IC Telecom. La société a fait faillite en 2012. En tant qu’administrateur et actionnaire, j’ai tout perdu.

Pensez-vous que l’argent des impôts est bien dépensé ?

Non. C’est dramatique. Nous sommes les champions de l’impôt et du gaspillage.

Articles réservés aux abonnés