Automobile : la France lâche du lest sur le thermique

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Paris révise sa position sur l'interdiction des voitures thermiques en 2035. Un virage qui rapproche la France des arguments allemands et redistribue les cartes pour les investisseurs du secteur automobile.

Par Le Revenu
Publié le 15/12/2025 à 11h20
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Automobile : la France lâche du lest sur le thermique
(©AdobeStock)

Le vent tourne à Paris. Après avoir défendu mordicus l’interdiction totale des voitures thermiques neuves en 2035, le gouvernement français nuance désormais son discours. Dans un communiqué publié fin novembre 2025, le ministère de la Transition Écologique évoque « des flexibilités en matière de neutralité technologique », reprenant ainsi les arguments portés depuis des mois par Berlin. Le chancelier allemand avait obtenu en 2023 une dérogation pour les e-fuels, ces carburants de synthèse produits à partir d’hydrogène vert. La France s’alignerait sur cette approche plus souple.

Ce changement de cap intervient alors que la Commission européenne doit présenter son « paquet automobile » mi-décembre 2025. Plusieurs sources concordantes confirment qu’un assouplissement de la réglementation est à l’étude. Les constructeurs automobiles, confrontés à une baisse structurelle du marché européen (-20% depuis le Covid), multiplient les pressions sur Bruxelles pour réviser une échéance qu’ils jugent désormais irréaliste.

La bataille du contenu local comme contrepartie

Si Paris accepte de desserrer l’étau sur le thermique, la France pose néanmoins une condition ferme : l’introduction d’une obligation de contenu local européen. Le gouvernement réclame qu’au moins 75% de la valeur des véhicules vendus sur le continent provienne de production européenne. Cette exigence vise à protéger les équipementiers français et européens face à la concurrence chinoise, qui inonde le marché avec des véhicules électriques à bas coût.

Les industriels sont divisés sur ce point. Renault, par la voix de son directeur général François Provost, propose un seuil de 60% de contenu local calculé sur la moyenne des véhicules. Les équipementiers comme Valeo, Forvia ou OPmobility jugent ce niveau insuffisant et réclament 80% de contenu européen, calculé modèle par modèle. Une étude du Gerpisa soutient cette proposition, estimant que les importations hors UE représentent aujourd’hui environ 20% de la valeur des véhicules produits en Europe.

Quelles conséquences pour les investisseurs ?

Ce revirement ouvre plusieurs scénarios pour les acteurs du secteur. Stellantis, leader européen avec 16,7% de parts de marché dans l’UE30 et 29,5% en France, pourrait tirer profit d’un assouplissement. Le groupe, déjà leader du segment hybride avec 15,6% de parts de marché, dispose d’une gamme diversifiée lui permettant de s’adapter rapidement. Ses performances sur les véhicules hybrides (+4,9 points en août 2025) témoignent de cette flexibilité stratégique.

Renault traverse une période plus délicate. Après une année 2024 record (8% de marge opérationnelle), le constructeur a lancé un « profit warning » au premier semestre 2025. Sa dépendance accrue au marché européen, renforcée par le démantèlement progressif de l’alliance avec Nissan, le rend vulnérable aux variations réglementaires. Un report de l’interdiction du thermique lui offrirait un répit bienvenu pour ajuster sa trajectoire électrique.

Les équipementiers français constituent le maillon le plus exposé. Valeo, Forvia et OPmobility ont massivement investi dans l’électrification et risquent de voir leurs investissements partiellement dévalorisés si le thermique bénéficie d’un sursis. À l’inverse, l’obligation de contenu local pourrait leur garantir un « filet de protection » face aux importations asiatiques, sécurisant leurs carnets de commandes. La décision finale de Bruxelles, attendue d’ici fin décembre 2025, déterminera leur trajectoire boursière pour les années à venir.

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