Pour la première fois de son histoire, la Chine a enregistré un excédent commercial annuel dépassant les 1 000 milliards de dollars, un niveau record qui reflète un déséquilibre croissant entre exportations très dynamiques et importations plus faibles. Ce phénomène, conséquence d’une accélération des ventes de biens chinois sur les marchés mondiaux, a des impacts majeurs sur l’économie mondiale, les chaînes d’approvisionnement et les relations commerciales internationales.
Selon les données de l’Administration générale des douanes chinoise, l’excédent commercial a atteint environ 1 080 milliards de dollars sur les onze premiers mois de 2025, grâce à une croissance des exportations (+5,9 % en novembre) bien supérieure à celle des importations (+1,9 %). Cette situation est alimentée par une forte demande de produits chinois hors des États-Unis, notamment vers l’Union européenne, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, même si les exportations vers les États-Unis ont fortement chuté en raison des droits de douane élevés.
Des dynamiques mondiales importantes
L’excédent commercial record de la Chine met en lumière plusieurs dynamiques mondiales importantes.
D’une part, il illustre la domination continue de la Chine dans les chaînes de valeur mondiales, notamment dans les secteurs des biens manufacturés, de l’électronique, des véhicules électriques et d’autres produits à forte composante technologique. Cette domination se traduit par une part croissante de la Chine dans les exportations globales, ce qui place le pays en position d’influence majeure sur les flux commerciaux internationaux.
Cependant, cette situation tend à accroître les déséquilibres commerciaux avec de nombreux partenaires, y compris l’Union européenne et plusieurs économies d’Asie et d’Afrique, qui exportent beaucoup moins vers la Chine qu’ils n’importent de biens chinois. En Europe, par exemple, les exportations vers la Chine ont baissé dans certains secteurs tandis que les importations continuent d’augmenter, ce qui suscite des préoccupations sur la compétitivité des industries locales.
Réactions politiques et risques de protectionnisme
Ce record du commerce chinois alimente les tensions commerciales et politiques. Plusieurs pays, dont les États-Unis et certains membres de l’UE, ont déjà adopté ou envisagent des mesures tarifaires ou réglementaires pour contenir l’impact sur leurs industries nationales. Des voix politiques européennes, y compris en France, ont évoqué la possibilité de droits de douane ciblés si Pékin ne modifie pas sa politique commerciale.
De plus, l’excédent massif de la Chine, malgré les efforts de diversification de ses marchés d’exportation, est perçu comme renforçant les déséquilibres mondiaux en matière de commerce. Cela pourrait encourager la mise en place de mesures de réciprocité ou des ajustements réglementaires dans plusieurs économies importatrices, contribuant à une montée du protectionnisme ou à des accords commerciaux revisités.
Effets sur les monnaies et la finance internationale
Un excédent commercial aussi substantiel exerce aussi une pression sur les marchés des changes et les réserves de devises étrangères. Traditionnellement, un surplus commercial contribue à accumuler des réserves en devises comme le dollar ou l’euro, ce qui peut soutenir une politique d’internationalisation du renminbi (yuan) à long terme. Cette dynamique influence aussi les stratégies des banques centrales et les flux de capitaux internationaux, notamment dans les marchés émergents.
Répercussions sur les chaînes d’approvisionnement
L’excédent record reflète aussi un réalignement des chaînes d’approvisionnement mondiales : plusieurs entreprises européennes, américaines ou asiatiques déplacent certains maillons de production pour contourner les obstacles tarifaires ou pour répondre à la demande locale, ce qui peut entraîner des perturbations temporaires, mais profondes dans les flux commerciaux classiques.