Le groupe centenaire Brandt, dernier grand fabricant français d’électroménager, a été placé en liquidation judiciaire par le tribunal des activités économiques (TAE) de Nanterre. Cette décision entraîne la suppression d’environ 700 emplois, marquant un nouveau coup dur pour l’industrie manufacturière française.
Brandt, propriété depuis 2014 du groupe algérien Cevital, réalisait un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros et possédait deux sites industriels en Centre-Val de Loire, ainsi qu’un centre de service après-vente en région parisienne. Avec cette liquidation, la marque disparaît définitivement, rejoignant Vedette, Sauter et De Dietrich, les autres grandes marques françaises d’électroménager ayant déjà cessé leurs activités.
Le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a qualifié cette décision de « terrible nouvelle » et de « coup très dur porté à l’industrie française », soulignant la gravité de la perte d’emplois industriels dans la région.
Un contexte de désindustrialisation prolongée
La disparition de Brandt s’inscrit dans un contexte industriel difficile en France. L’activité manufacturière représente aujourd’hui environ 10 % du PIB, contre 17 % en 1995, traduisant une érosion continue du secteur depuis les années 1970. À l’échelle européenne, le mouvement est similaire, mais il est particulièrement marqué dans l’Hexagone.
Les gouvernements français successifs ont cherché à impulser une politique de réindustrialisation, notamment depuis les mandats d’Emmanuel Macron, afin de freiner le recul des activités manufacturières. Malgré ces efforts, le secteur continue de subir les effets de la concurrence internationale, des coûts de production élevés et de la modernisation nécessaire des infrastructures.
Selon le syndicat CGT, plus de 300 000 emplois industriels seraient menacés. Depuis les élections européennes de juin 2024, le syndicat recense 444 plans sociaux, dont 325 fermetures de sites industriels à travers le pays, illustrant l’ampleur de la crise dans le secteur.
Une tentative de sauvetage avortée
Une offre de reprise visant à préserver environ 300 emplois sur 700 avait été mise en avant. Elle reposait sur une transformation du groupe en société coopérative (Scop), pilotée par le groupe Revive. Placé en redressement judiciaire début octobre, Brandt jouait sa survie devant le tribunal, avec un soutien financier déjà accumulé : 5 millions d’euros promis par l’État, complétés par les contributions de la région Centre-Val de Loire et de la métropole d’Orléans, pour atteindre un total d’environ 20 millions d’euros, proches de la somme nécessaire pour redémarrer les sites du Loiret et du Loir-et-Cher (estimée entre 20 et 25 millions d’euros).
Malgré cette enveloppe substantielle, le tribunal a rejeté le projet de Scop. Les ministres Roland Lescure et Sébastien Martin, respectivement chargés de l’Économie et de l’Industrie, ont regretté que « les autres acteurs indispensables n’aient pas souhaité se positionner pour sauver Brandt ».
Une industrie sous pression face à la concurrence mondiale
Le marché de l’électroménager français a connu une baisse des ventes de 3,9 % en 2024, après un recul déjà constaté en 2023. Cette tendance met en lumière la difficulté pour les fabricants nationaux de concurrencer les produits importés à bas coût, notamment en provenance de Chine. Ces pressions économiques rendent les plans de relance ou de reprise particulièrement difficiles, même avec des projets de Scop ou des aides publiques.
La liquidation de Brandt constitue donc un signal fort des limites de la réindustrialisation française, tout en soulignant la nécessité d’une stratégie industrielle adaptée pour soutenir les entreprises manufacturières face à la mondialisation et à la montée en puissance des importations à bas coût.