En quelques jours, le dossier vénézuélien est passé du statut de zone interdite à celui de nouvel eldorado potentiel pour les majors américaines. Donald Trump a réuni les dirigeants de plusieurs groupes pétroliers à la Maison Blanche et les a exhortés à engager jusqu’à 100 milliards de dollars pour relancer une industrie exsangue, en échange d’un accès privilégié aux gigantesques réserves du pays.
Les investisseurs pourraient bien se ruer sur les titres les plus exposés au dossier, misant sur une combinaison rare de croissance de volumes, de rattrapage géopolitique et de soutien politique appuyé par Washington.
Chevron, le mieux placé pour profiter du tournant
Parmi les majors, Chevron occupe une position à part. Le groupe est resté présent au Venezuela grâce à des coentreprises avec PDVSA, opérées sous dérogation américaine, qui représentent déjà près d’un quart de la production actuelle du pays.
Pour l’actionnaire, l’enjeu ne se limite pas aux barils additionnels. Un assouplissement du cadre juridique et fiscal ouvrirait la voie au règlement de créances accumulées pendant les années Maduro, ce qui renforcerait sensiblement le bilan et les flux de trésorerie distribuables de Chevron.
La contrepartie tient au risque politique : une nouvelle instabilité à Caracas, un retournement de l’opinion américaine ou un bras de fer avec l’OPEP pourraient rapidement transformer cette opportunité en source de volatilité accrue sur le titre.
ExxonMobil et ConocoPhillips, des options plus spéculatives
Le groupe ExxonMobil a été évincé des projets vénézuéliens il y a plus de quinze ans, mais les autorités américaines lui ouvrent de nouveau la porte pour participer à la reconstruction d’un secteur disposant des plus grandes réserves prouvées au monde.
Cette perspective a alimenté une hausse mesurée du cours, les investisseurs y voyant surtout une option de croissance à long terme, alors que la thèse d’investissement reste centrée sur d’autres pôles comme le Guyana, le Permian et les projets gaziers, qui pilotent encore l’essentiel des prévisions de bénéfices.
ConocoPhillips, lui, joue une partition différente. Le groupe ne détient plus d’actifs sur place, mais il dispose de décisions arbitrales totalisant environ 10 milliards de dollars à l’encontre de l’État vénézuélien pour les expropriations de 2007.
Le changement de régime ravive l’idée d’un règlement partiel de ces créances, éventuellement converties en participation dans de nouveaux projets.
Pour l’investisseur, le scénario idéal combine encaissement d’une partie des indemnités, prise de positions à faible coût dans l’Orénoque et retour massif de liquidités aux actionnaires, le tout sans dépassement de coûts sur les grands projets déjà en cours. La réalité pourrait s’avérer moins linéaire, tant la capacité du Venezuela à honorer ses engagements et à sécuriser les investissements reste fragile.
Quels réflexes adopter sur les valeurs pétrolières ?
À court terme, cette séquence joue comme un catalyseur supplémentaire pour les grandes valeurs énergétiques américaines, dans un contexte où la production mondiale reste sous contrainte et où la discipline de capital des majors soutient les dividendes et les rachats d’actions.
Mais les promesses d’un « nouveau Texas tropical » ne doivent pas faire oublier que la remise en état de l’appareil pétrolier vénézuélien demandera des années, des dizaines de milliards de dollars et un cadre juridique entièrement réécrit, autant d’éléments qui justifient une décote de risque durable sur les flux futurs.
Pour un investisseur français, Chevron apparaît comme le véhicule le plus direct pour se positionner sur le redressement du Venezuela, avec un profil déjà largement adossé à des actifs diversifiés.
ExxonMobil et ConocoPhillips offrent surtout une exposition optionnelle : leur rebond récent reflète davantage un changement de perception sur le secteur et sur le rapport de force énergétique américain qu’une transformation immédiate de leurs fondamentaux liés au seul dossier vénézuélien.