Le 16 janvier 2025, au-dessus des Caraïbes, des centaines de passagers ont frôlé la catastrophe sans même le savoir. Quelques minutes après son décollage depuis la base de Boca Chica au Texas, le Starship de SpaceX explosait en vol. Les débris se sont dispersés dans l’espace aérien commercial, mettant en péril trois avions de ligne transportant environ 450 personnes. Une enquête du Wall Street Journal, publiée le 20 décembre dernier, dévoile les coulisses d’un incident bien plus grave qu’annoncé initialement.
SpaceX multiplie les lancements à un rythme effréné. La société d’Elon Musk réalise désormais plus de vols que l’ensemble des autres acteurs spatiaux mondiaux réunis. Cette cadence impressionnante a toutefois un revers : les risques s’accumulent. L’incident du 16 janvier illustre la collision entre ambitions spatiales et sécurité aérienne classique.
Cinquante minutes de débris en suspension
L’explosion s’est produite à 8 minutes et 30 secondes de vol, alors que le Starship atteignait 148 kilomètres d’altitude. Les fragments de la fusée géante ont commencé leur descente vers la Terre.
Problème : ils sont restés en suspension dans l’espace aérien pendant près de 50 minutes. Une durée suffisamment longue pour croiser la route d’avions commerciaux.
Les documents internes de la FAA (Agence fédérale de l’aviation américaine) consultés par le Wall Street Journal montrent que les débris ont dérivé au-dessus d’une zone fréquentée par les lignes aériennes. SpaceX avait pourtant notifié aux autorités une zone d’exclusion temporaire. Mais la réalité a dépassé les prévisions : les débris se sont dispersés bien au-delà du périmètre de sécurité établi.
La FAA a recensé plus de 350 débris retombés sur une zone s’étendant jusqu’aux îles Turques-et-Caïques. Certains fragments ont atteint la taille d’un réfrigérateur. Des pêcheurs ont retrouvé des morceaux de métal flottant à plusieurs dizaines de kilomètres de la trajectoire prévue.
Trois avions contraints à des manœuvres d’urgence
Un vol JetBlue en direction de San Juan (Porto Rico) s’est retrouvé en plein cœur de la zone dangereuse. Le pilote a dû modifier sa trajectoire en urgence après avoir été alerté par les contrôleurs aériens. L’appareil transportait plusieurs centaines de passagers. Un vol Iberia et un jet privé ont subi le même sort, contraints de dévier leur route alors que les débris tombaient.
Deux des trois appareils ont déclaré une urgence carburant. Ces situations surviennent lorsque les réserves de kérosène deviennent critiques suite à un changement de plan de vol non anticipé. Les pilotes bénéficient alors d’une priorité absolue pour atterrir au plus vite. Aucun accident n’a finalement été déploré, mais la marge de sécurité s’est révélée étroite.
Les enregistrements radio entre pilotes et tour de contrôle, analysés par plusieurs médias spécialisés, témoignent de la tension du moment. Les contrôleurs aériens ont multiplié les instructions de dernière minute pour éloigner les avions. Plusieurs liaisons transatlantiques ont également été temporairement suspendues.
Un retard d’alerte pointé du doigt
L’enquête du Wall Street Journal met en lumière un dysfonctionnement majeur : SpaceX aurait tardé à prévenir les contrôleurs aériens de l’explosion. Les premières alertes n’ont été transmises qu’avec plusieurs minutes de décalage. Un délai qui a réduit la fenêtre de réaction pour détourner les vols commerciaux.
La FAA a ouvert une investigation formelle. L’agence examine si les protocoles de communication ont été respectés. SpaceX dispose normalement d’une liaison directe avec les centres de contrôle pour ce type de situation. La société n’a pas souhaité commenter publiquement les révélations du journal américain.
Cet incident s’ajoute à une série de revers pour le programme Starship. En 2025, la fusée géante a connu plusieurs explosions lors de ses vols d’essais. Chaque échec retarde les ambitions lunaires de la NASA, qui compte sur ce lanceur pour son programme Artemis. Le contrat entre l’agence spatiale américaine et SpaceX s’élève à 4 milliards de dollars.
Pour les investisseurs, la multiplication des incidents pose question. Bien que SpaceX ne soit pas cotée en bourse, sa valorisation atteint 210 milliards de dollars sur le marché secondaire. Tesla, l’autre entreprise phare d’Elon Musk, pourrait subir un effet de contagion en cas de durcissement réglementaire. Le milliardaire consacre environ 40% de son temps à SpaceX, selon plusieurs sources proches du dossier.
La FAA pourrait imposer des restrictions supplémentaires aux prochains lancements. Une surveillance renforcée impliquerait des coûts additionnels et des retards dans le calendrier serré de SpaceX. Le débat entre innovation technologique et impératifs de sécurité s’intensifie aux États-Unis.