L’action de la Juventus de Turin a bondi de 12% à 2,46 euros lundi 16 décembre à la Bourse de Milan, au lendemain du rejet par la famille Agnelli d’une offre surprise du géant des cryptomonnaies Tether. Une réaction de marché paradoxale en apparence, mais qui traduit le soulagement des investisseurs face au maintien de la dynastie turinoise aux commandes du club le plus titré d’Italie.
Tether Investments, deuxième actionnaire du club bianconero avec 11,5% du capital depuis février 2025, proposait 2,66 euros par action, soit une prime de 21% par rapport au cours de clôture de vendredi. La valorisation globale atteignait 1,1 milliard d’euros. L’émetteur de l’USDT, principal stablecoin mondial indexé sur le dollar, s’engageait même à injecter un milliard d’euros supplémentaire pour redorer le blason sportif et financier de la Juve.
La famille Agnelli claque la porte
Exor, la holding de la famille Agnelli qui détient 65,4% du capital du club, n’a pas tergiversé. Son conseil d’administration a rejeté l’offre « à l’unanimité » samedi 13 décembre, précisant dans un communiqué glacial qu’il n’avait « aucune intention de vendre ses actions dans la Juventus à une tierce partie ». Un refus net qui enterre les ambitions de Paolo Ardoino, directeur général italien de Tether, qui avait pourtant confié que « la Juventus a toujours fait partie de (sa) vie ».
Cette fin de non-recevoir intervient alors qu’Exor cherche pourtant à céder certains actifs italiens pour réorienter son portefeuille. Mais le club aux rayures noires et blanches reste manifestement intouchable pour la dynastie automobile, malgré une décennie catastrophique sur le plan comptable. La Juventus n’a pas dégagé le moindre bénéfice net annuel depuis près de dix ans, et son action a dévissé de 27% depuis janvier 2025.
Tether, un actionnaire devenu encombrant
Entré au capital en février 2025 avec 8% des parts, Tether a progressivement renforcé sa participation jusqu’à 11,5%, s’arrogeant 7% des droits de vote. L’entreprise de cryptomonnaie, qui brasse des milliards de dollars via son stablecoin USDT, voyait dans la Juventus une opportunité de redorer son image en Europe, où les régulateurs scrutent avec méfiance le secteur crypto.
L’offre non sollicitée de vendredi visait à racheter l’intégralité de la participation d’Exor, avec l’intention affichée de lancer ensuite une OPA sur les actions restantes au même prix. Un scénario qui aurait fait basculer le contrôle du club entre les mains d’un acteur financier controversé, loin de l’ADN industriel et familial des Agnelli. Les investisseurs semblent avoir salué cette stabilité retrouvée, préférant la continuité du management historique aux promesses d’un nouvel entrant aux reins solides mais à la réputation sulfureuse.