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Champagne : un marché en phase de digestion

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Le marché du champagne connaît un recul après le boom post-Covid. Entre hausse des coûts et endettement, les grands groupes adaptent leurs stratégies pour conserver leur potentiel à moyen terme.

Par Bruno Kus
Publié le 11/11/2025 à 08h30

Loin de l’euphorie de l’après-Covid, les maisons de champagne subissent un sérieux coup de frein. Après une chute de 9,2 % des expéditions en 2024 (271,4 millions de bouteilles), la tendance s’est poursuivie au cours du premier semestre, avec un repli de 1,2 % des expéditions, malgré la légère reprise (+1,6 %) observée à l’international.

Confrontés au déstockage des distributeurs, à la baisse de la demande et aux droits de douane, les producteurs doivent aussi composer avec des prix du raisin élevés et la hausse du coût de financement du vieillissement des stocks provoquée par la remontée des taux longs. Trop endettés, certains groupes tels que Vranken-Pommery Monopole ont dû céder des actifs.

Sur un marché dominé par le géant du luxe LVMH, les acteurs indépendants montrent malgré tout une belle capacité d’adaptation. En Bourse, les valori­sations ne reflètent souvent pas la qualité des actifs ni le potentiel intact du marché à moyen terme.


CONSERVEZ. Positionné à la fois sur le haut de gamme avec ses marques Lanson, Besserat de Bellefon ou Philipponnat et sur le milieu de gamme avec Maison Burtin, le groupe familial dirigé par Bruno Paillard n’échappe pas au ralentissement du marché.

Sa stratégie de montée en gamme et d’amélioration du mix produit lui a toutefois permis d’améliorer son chiffre d’affaires de 4,8 % au cours du premier semestre et de maintenir un résultat net positif sur la période, sachant que l’essentiel du résultat est réalisé sur le second semestre, notamment avec les fêtes de fin d’année.

Le principal défi du groupe consiste à gérer la hausse du prix du raisin, ainsi que celle du coût de financement liée à la hausse des taux d’intérêt survenue depuis deux ans. L’endettement est assez élevé mais il est couvert par la valeur des stocks de champagne et cela n’a pas empêché le groupe d’acquérir la marque Heidsieck & Co Monopole. Le titre ne vaut que 11 fois les bénéfices et décote de 37 % sur les fonds propres.


ACHETEZ. Avec ses marques Laurent-Perrier, Salon et Delamotte, le groupe, contrôlé à 65,1 % par la famille de Nonancourt, est surtout positionné sur le haut de gamme, même si Champagne de Castellane est surtout présente en grande distribution.

La marque Laurent-Perrier réalise 87 % de ses ventes à l’export. L’exercice 2024-2025, clos le 31 mars dernier, porte les traces du recul des expéditions de champagne de 2024, avec un chiffre d’affaires et un résultat opérationnel en repli de respectivement 6,8 % et 21,8 %.

La rentabilité reste cependant élevée (marge opérationnelle de 26,3 %), malgré un important soutien commercial aux marques. Le groupe se distingue de ses concurrents par la robustesse de son bilan, l’endettement net étant contenu à 35 % des fonds propres en dépit des stocks de vieillissement inhérents à l’activité.

Cela se traduit par des charges financières modérées qui n’obèrent pas le résultat. La valorisation est attractive (décote de 15 % sur les fonds propres) au regard de la qualité des fondamentaux.


VENDRE. Le groupe contrôlé à 71 % par Paul-François Vranken et sa famille est aussi présent dans le vin en Camargue, en Provence et au Portugal et gère au total plus de 3.000 hectares en pleine propriété ou en bail.

Il a stabilisé son chiffre d’affaires au premier semestre, mais son résultat opérationnel courant a reculé de 8 % en raison de moindres subventions. Et surtout, son résultat net est resté déficitaire de 1,4 million d’euros sous le poids des frais financiers liés à un très lourd endettement (756 millions d’euros à fin juin, représentant 1,9 fois les fonds propres).

Face à cette situation, la direction a annoncé la vente d’actifs fonciers, ainsi que de la société Heidsieck & Co Monopole au groupe Lanson-BCC pour 50 millions d’euros. L’activité champagne se recentre ainsi sur la marque Pommery, plus haut de gamme. Malgré sa baisse de 17 % sur un an et de 27 % sur trois ans, le titre reste assez cher, à près de 30 fois les profits, alors que le bilan restera tendu malgré les cessions récentes.

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