Edenred : une sanction exagérée !

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Le nouveau plan stratégique Amplify dévoilé par la plateforme digitale de services aux entreprises pour les avantages aux salariés et la mobilité professionnelle a laissé les investisseurs sur leur faim. Il confirme pourtant la pertinence d’un modèle économique très rentable et fortement générateur de cash.

Par Bruno Kus
Publié le 04/11/2025 à 14h51 | mis à jour le 04/11/2025 à 14h52

Edenred : une sanction exagérée !
(©Edenred)

Changement d’ambiance en seulement deux semaines ! Alors que la publication du chiffre d’affaires d’Edenred pour le troisième trimestre avait déclenché un rebond spectaculaire de l’action (+19,6% le 21 octobre), la présentation du nouveau plan stratégique Amplify à l’horizon 2028 a provoqué l’effet inverse. A mi-séance, le titre plongeait de plus de 8%, creusant sa perte à plus de 25% depuis le début de l’année. Le numéro un mondial des solutions dédiées à l’engagement des collaborateurs (titres restaurants, transports, cadeaux…) à la mobilité (approvisionnement en énergie) et aux paiements interentreprises s’est fixé pour objectif d’atteindre un revenu total de plus de 5 milliards d’euros en 2030 (contre 3 milliards en 2025) et de faire progresser son excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 8% à 12% en moyenne sur les trois prochaines années, avec un taux de conversion de l’Ebitda en cash-flow de plus de 65%. Les analystes financiers n’ont pas manqué de rappeler que le précédent plan (Beyond) visait une croissance de l’Ebitda supérieure à 12% et un taux de conversion en cash-flow de plus de 70%. Mais c’est surtout la prévision d’une croissance organique de l’Ebitda limitée à une fourchette de 2% à 4% pour l’année 2026 qui passe mal. Bertrand Dumazy, le patron d’Edenred l’explique par le changement de régulation en Italie, la mise en place d’actions managériale, l’optimisation du portefeuille d’activités et la baisse des autres revenus (effet de la baisse des taux sur la rémunération de la trésorerie).

1,8 milliard d’euros d’investissements en trois ans

Pour tenir ses nouveaux engagements, Edenred cherchera à accélérer l’acquisition de nouveaux clients, démultiplier les opportunités de ventes additionnelles et de ventes croisées et augmenter l’utilisation des solutions. Le programme d’investissement sera renforcé pour atteindre 1,8 milliard d’euros sur trois ans (contre 1,5 milliard sur les trois dernières années) avec un accent particulier sur la data et l’IA dont les budgets seront multipliés par 6. A cela peuvent s’ajouter des acquisitions, le groupe estimant sa force de frappe jusqu’à 2 milliards d’euros. Plus la plateforme grossira et plus la part des frais fixes (actuellement de 60%) devrait diminuer et procurer un levier sur les résultats. Le groupe compte aussi préserver sa rentabilité grâce à un programme d’efficience à l’échelle mondiale.

Plafonnement des commissions en Italie

Pour retrouver la confiance des marchés, Edenred doit aussi convaincre de la portée limitée des risques réglementaire alors que près de 60% de ses revenus relèvent d’activités non régulées. Les changements de réglementations concernent uniquement la restauration (40% des revenus) en Italie, au Brésil et en France. Si la menace s’est concrétisée en Italie avec un impact de 120 millions d’euros en année pleine du plafonnement à 5% des commissions des titres-restaurant payées par les commerçants, rien n’est moins sûr en France où les derniers projets de loi étaient plutôt favorables à la profession, ni au Brésil où le besoin en chèques restaurants et autres titres de services est énorme et ne peut être géré que par des spécialistes.

Un rendement de 5,6%

En bourse, l’action souffre régulièrement des annonces plus ou moins pertinentes sur ce sujet, alors que les impacts potentiels restent assez contenus. Si bien que la valorisation devient progressivement déconnectée des fondamentaux. La valeur d’entreprise représente désormais moins de 5 fois l’excédent brut d’exploitation attendu cette année contre un multiple de plus de 12 fois il y a deux ans. Edenred a par ailleurs prévu d’augmenter chaque année son dividende et de poursuivre ses rachats d’actions. Le dividende de 1,30 euro par action attendu au titre de 2025 porte le rendement à 5,6%.

Notre conseil : nous conseillons de profiter de la baisse pour acheter avec un premier objectif de 29 euros à un horizon de 18 mois. Codes : FR0010908533 et EDEN.

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