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Euroapi dévisse encore en Bourse

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Nouveau plongeon pour Euroapi. Le fabricant de principes actifs pharmaceutiques dévisse de 20% après avoir abaissé pour la deuxième fois de l'année ses objectifs de revenus.

Par Le Revenu
Publié le 17/12/2025 à 15h07
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Les actionnaires d’Euroapi n’en finissent plus de déchanter. Le titre du spécialiste des principes actifs pour l’industrie pharmaceutique s’est effondré de 20% mercredi 18 décembre, clôturant à 2,76 euros. Cette dégringolade fait suite à l’annonce mardi soir d’un nouvel avertissement sur résultats.

Le groupe table désormais sur un recul de son chiffre d’affaires 2025 « dans le milieu de la fourchette à un chiffre » (« mid single digit »), alors qu’il anticipait en juillet dernier une baisse « modérée » (« low single digit »). Cette révision à la baisse intervient seulement cinq mois après le précédent ajustement, signe de difficultés persistantes.

Pour justifier cette nouvelle déconvenue, la direction invoque un environnement économique global dégradé qui pèse sur la demande. Le marché sanctionne durement cette énième contre-performance : depuis son introduction en Bourse en mai 2022, l’action a perdu plus de 82% de sa valeur. La capitalisation boursière s’établit désormais à peine 260 millions d’euros, soit moins du tiers de la valorisation initiale.

Des résultats semestriels déjà décevants

Les signaux d’alerte se multipliaient pourtant depuis plusieurs trimestres. Au premier semestre 2025, Euroapi a enregistré un chiffre d’affaires de 412,1 millions d’euros, en repli de 8,2% sur un an. Si l’on exclut un élément exceptionnel de 21 millions d’euros présent au premier semestre 2024, la baisse reste néanmoins significative à 4%. La marge brute s’est dégradée, passant de 21,8% à 18,6%, révélant une pression accrue sur les coûts de production. L’EBITDA ajusté (Core EBITDA) s’est établi à 39,5 millions d’euros au premier semestre, avec une marge de 9,6%, contre 10,6% un an plus tôt.

La perte nette semestrielle s’élève à 28,5 millions d’euros, certes en amélioration par rapport aux 34,8 millions perdus au premier semestre 2024. Reste que la société accumule les pertes depuis trois exercices consécutifs, avec une perte nette de 130 millions d’euros en 2024. La dette nette a bondi à 171 millions d’euros, malgré un plan de refinancement négocié avec Sanofi incluant une obligation hybride de 200 millions d’euros.

Une dépendance à Sanofi préoccupante

Au-delà des chiffres, c’est toute la structure du modèle économique d’Euroapi qui interroge. La société, issue de la scission de Sanofi, reste lourdement dépendante de son ancienne maison-mère qui représente encore 47% des revenus.

Cette concentration de l’activité sur un client unique expose le groupe aux arbitrages stratégiques de Sanofi, comme l’illustre la baisse des volumes commandés en 2024. Par ailleurs, les difficultés récurrentes du site italien de Brindisi ont conduit à d’importantes dépréciations d’actifs et amplifient les pertes opérationnelles.

La marge opérationnelle d’Euroapi demeure inférieure de moitié à celle de ses concurrents européens tels que Lonza, Siegfried ou PolyPeptide. Cette sous-performance structurelle alimente la défiance des investisseurs. Dans ce contexte fragilisé, le groupe peine à convaincre de sa capacité à retrouver durablement le chemin de la rentabilité.


Face à ces alertes répétées et à l’absence de visibilité sur un redressement rapide, la prudence s’impose. La valorisation d’Euroapi ne reflète plus qu’une capitalisation de 260 millions d’euros pour un chiffre d’affaires attendu autour de 830-850 millions d’euros sur l’exercice 2025. Si cette décote peut sembler attractive en apparence, elle traduit surtout les doutes du marché sur la viabilité du modèle. La trajectoire baissière des résultats, conjuguée à une structure financière tendue et à une dépendance excessive vis-à-vis de Sanofi, limite fortement le potentiel de rebond à court terme.

Nous restons à l’écart du dossier tant qu’Euroapi n’aura pas démontré sa capacité à stabiliser son activité commerciale, à diversifier son portefeuille clients et à redresser ses marges. Un retour au-dessus du seuil symbolique des 4 euros constituerait un premier signal technique encourageant, mais les fondamentaux actuels ne permettent pas d’envisager ce scénario à brève échéance.

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