Au terme d’un bras de fer juridique de plusieurs mois, l’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de trancher. Elle considère « que la société Bolloré SE et M. Vincent Bolloré, qui contrôle cette dernière, sont tenus […] de déposer un projet d’offre publique visant les titres de capital de la société Vivendi, telle qu’elle existe à ce jour ». L’AMF exige même un projet d’offre publique de retrait (OPR) dans un délai de six mois.
Bolloré avait mis en œuvre en décembre 2024 la scission de Vivendi (dont il détient 29,9% du capital) et la cotation de ses entités sur différentes places boursières : Vivendi sur Euronext Paris, Louis Hachette Group sur Euronext Growth, Canal+ à Londres et Havas à Amsterdam. Cette opération avait fait l’objet d’une vive opposition de la part d’actionnaires minoritaires – dont le fonds CIAM -, car elle permet à Bolloré de monter au capital de ses filiales sans avoir à lancer d’OPA, en profitant du caractère moins contraignant du droit boursier britannique et néerlandais, ainsi que des spécificités d’Euronext Growth. La scission n’a d’ailleurs pas rencontré un franc succès en Bourse.
En avril dernier, la Cour d’appel de Paris avait estimé que Vincent Bolloré contrôle de fait le groupe Vivendi et que l’AMF devait réexaminer les modalités de la scission.
L’offre sur Vivendi n’est toutefois pas imminente. L’AMF précise qu’elle veillera à ce que la clôture de l’offre « n’intervienne qu’après que la Cour de cassation, dans le cadre des pourvois, pendants, formés à l’encontre de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, aura rendu son arrêt ».
L’avis du Revenu. L’action Vivendi gagne maintenant 32% depuis le début de l’année. Sa capitalisation ressort à 3,5 milliards d’euros. Par rapport à l’actif net réévalué de 5,2 milliards à fin mars, la décote s’établit à 33%.
A fin mars, le portefeuille de Vivendi était constitué de Gameloft (contrôlé à 100%) et de plusieurs participations : 9,9% de UMG (valorisation : 4,6 milliards d’euros), 17,5% de Telecom Italia (valorisation : 804 millions), 19,2% de Banijay Group (valorisation : 752 millions), 19,78% de Media For Europe (valorisation : 448 millions), 5,01% de Lagardère (valorisation : 143 millions) et 11,87% de Prisa (valorisation : 48 millions).
L’endettement net de Vivendi, ajusté du prêt de Lagardère, ressortait à 1,66 milliard d’euros à fin mars. Le groupe a entrepris de se désengager de Telecom Italia, ce qui devrait réduire son endettement.
Toutefois, Vivendi court le risque d’une amende significative (jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires) de la part de la Commission européenne, pour avoir exercé une influence déterminante sur plusieurs médias de Lagardère avant d’avoir pris le contrôle du groupe. Une amende de plusieurs centaines de millions d’euros ferait baisser la valeur de Vivendi.
L’AMF précise aussi que « le prix de l’offre publique de retrait, tout comme le prix de l’offre publique obligatoire, devra respecter les éléments de valorisation multicritères », comme l’actif net réévalué.
Bolloré devra offrir une prime significative pour pouvoir retirer Vivendi de la cote.
Attention toutefois, si la Cour de cassation casse la décision de la Cour d’appel, la perspective d’une offre publique risque fort de s’éloigner.
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